VertigO - La revue en sciences de l'environnement sur le WEB, Vol 1 No 2 , Septembre 2000

L'heure de vérité a sonné:
QUÉBEC DOIT PASSER DE LA RHÉTORIQUE AUX DOLLARS ET AUX ACTIONS CONCRÈTES

Par Greenpeace-Québec - Institut Pembina, pour un dévéloppement approprié - Sierra Club du Canada - Fondation David Suzuki – Équiterre - Union québécoise pour la conservation de la nature - Vivre en ville - Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec - Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique - Les amis de la Terre de Québec



    Lors de la dernière réunion conjointe des ministres fédéraux et provinciaux de l’énergie et de l’environnement (28 mars 2000), le ministre de l’Environnement du Québec, M. Paul Bégin, a claqué la porte en déplorant que le gouvernement fédéral «refuse de faire face aux vrais enjeux que soulève la lutte aux changements climatiques», et qu'il bloque «la mise en oeuvre d'actions concrètes visant à réduire les gaz à effet de serre (GES)» (communiqué du ministère de l'Environnement, 28 mars 2000).

Cette rencontre portait principalement sur l'élaboration d’un plan d’action canadien de réduction des GES. Les ministres ont reporté l'adoption d'un tel plan à leur prochaine réunion, prévue pour le mois d'octobre, à Québec. M. Bégin, cependant, s'est engagé à dévoiler la première phase d'un «plan d'action québécois» dès ce mois de juin. Tous ceux qui reconnaissent l'ampleur de cet enjeu environnemental se tournent donc présentement vers le gouvernement du Québec. Fera-t-il face, son plan, aux «vrais enjeux»? Comportera-t-il des «actions concrètes» et mesurables?

La position québécoise sur la question des changements climatiques a toujours été de chercher à ce que l’objectif adopté par le fédéral et les provinces soit le plus ambitieux possible. Au-dela de la rhétorique, pourtant, le constat est très mitigé quant aux actions posées par le Québec pour réduire ses émissions de GES. Comme le fédéral, le Québec a principalement misé sur les mesures volontaires pour atteindre la cible de Rio, soit de ramener les émissions à leur niveau de 1990. Comme le fédéral, il va rater cette cible. Maintenant, il y a le nouvel objectif de Kyoto : ramener les émissions canadiennes, pendant les années 2008 à 2012, à un niveau inférieur de 6 % à celui de 1990. Or, selon les projections officielles, en 2010 les émissions québecoises de GES dépasseront de 10 % celles de 1990, et le dépassement sera de 27 % pour l'ensemble du Canada! Il y a donc urgence.

Il est vrai que les émissions du Québec, par habitant, dépassent à peine la moitié de la moyenne canadienne. Mais cela découle en majeur partie du choix énergétique d’il y 30 ans. Avec l'annonce de son plan d'action, le premier de son genre au Canada, le Québec a une occasion sans précédent de s’illustrer comme un véritable leader aujourd'hui.

C'est maintenant l'heure de vérité. Ou bien le Québec présente un véritable plan d’action sur les changements climatiques et joue un rôle mobilisateur auprès des autres provinces, ou bien il se contente de jeter de la poudre aux yeux et rate l’occasion qui s’offre à lui de préparer l’économie québécoise pour les décénnies à venir. Les émissions de GES commencent déjà à encourir un coût économique, tendance qui s'accentuera à travers le monde industrialisé au cours du 21e siècle. Un gouvernement intelligent se positionnera dès maintenant pour que les entreprises et les citoyens sur son territoire s'en tirent au mieux de cette nouvelle conjoncture.

Pour relever ce défi, la première phase du plan d'action québécois sur les changements climatiques doit comporter les éléments suivants:

Les scientifiques oeuvrant dans le domaine des changements climatiques nous rappellent sans cesse la gravité de la situation. Dans une lettre adressée au U.S.A. Today en janvier dernier, les chefs des services météorologiques des États-Unis et du Royaume-Uni soulignaient
« les conséquences probables : fréquence augmentée d’événements météorologiques extrêmes, hausse du niveau de la mer, modification de la distribution des précipitations, bouleversements écologiques et agricoles, transmission de maladies augmentée... Nos nouvelles données et la nouvelle compréhension que nous en avons montrent dans quelle situation critique nous nous trouvons : afin de freiner le changement futur, nous devons commencer à agir bientôt... ».
Si le Québec rate cette occasion de passer de la rhétorique aux dollars et aux actions concrètes, il perdra la crédibilité qu'il a acquise par ses prises de position progressistes du passé, s'affaiblira en vue de la prochaine réunion conjointe des ministres, et réduira la probabilité que soit adopté un plan d'action canadien efficace. Il faut à tout prix éviter ce scénario désastreux.
VertigO no 1, vol 2