Chapitre VII LES ZOUAVES La présence des zouaves à Joliette a peut-être moins apporté à la musique qu'elle n'a servi à illustrer une forme particulière attachante, quasi-militaire, de participation de la part d'un groupe étonnamment tenace et d'une générosité exemplaire. De Québec Mgr Bourget, le 11 mai 1868, écrit à l'abbé E. Moreau. "Je ne pourrai assister au départ du second détachement des Zouaves canadiens qui se fera sans bruit mais pieusement. Monsieur Michaud (le Père Joseph Michaud architecte) accompagnera ce détachement jusqu'à Rome. Son voyage sera utile aux Zouaves et à tout le pays..." On sait l'appel pressant lancé à travers le monde pour la défense des États pontificaux pendant le siège de Rome où le Souverain Pontife victime du régime de Garibaldi se trouvait prisonnier dans ses États. En début de juillet 1883, les zouaves canadiens de retour de Rome sont en réunion à Joliette. Accompagnés par la Bande de la Cité "le meilleur corps de musique au Canada", les voyageurs étaient venus en train de Montréal à Joliette. Tout au long du trajet, chansons, gais propos, réminiscences de la vie de caserne alternaient avec des brillants morceaux de musique. À 9 h p.m. on se rend à la gare accueillir les troupes de Québec et de Trois-Rivières et l'on échange des drapeaux. Une soirée de bivouac au collège où les dortoirs sont mis à leur disposition. Le lendemain, une messe militaire se tient dans l'église paroissiale "avec le drapeau des zouaves qui leur avait été confié il y a 14 ans lors de leur départ pour Rome menacée. Pendant le banquet "la bande exécuta les morceaux les mieux choisis"... Sur les murs, des slogans "Gloire immortelle à Pie IX", "Amour et fidélité à Léon XIII". Il est proposé que l'on proteste contre la spoliation première et la détention prolongée du patrimoine de Saint Pierre. Dans l'après-midi, démonstration par la fanfare du 65ème régiment (direction Ernest Lavigne). Un orateur veut rendre hommage : "Lavigne a fait faire d'immense progrès à la musique, aux musiciens militaires et aux orchestres"... Ce long préambule permet d'expliquer dans quel esprit on pouvait encore se trouver une vingtaine d'années après quand Joliette reçut, le 4 juin 1905, les Zouaves pontificaux de Trois-Rivières en pèlerinage, accompagnés de la fanfare du Séminaire de l'endroit. Une messe militaire eut lieu. Or c'est 4 jours après les intéressantes manuvres militaires exécutées par ces zouaves que surgit l'idée d'organiser "un corps de zouaves dans notre ville". On peut lire, dans L'Étoile du 23 février 1911, que "le cercle Bourget est à peine formé que la jeunesse répond nombreuse à l'appel du clergé. On aura des exercices militaires deux fois par semaine pour former un bataillon de zouaves parmi les jeunes. Lutte, exhibition, séances athlétiques sont organisées (avec Fred Lapointe lutteur de renom...) On aura aussi des conférences, par exemple sur Dollard des Ormeaux par le professeur Joseph Dumais, qui a contribué à l'érection du monument des Braves de 1660. En avril, le Cercle joue un drame et une comédie avec le concours de l'Harmonie de Joliette (qui est encore une alliée...), en mai aussi une séance de deux comédies : Un mariage par téléphone de Louis de la Garde et L'honneur est satisfait de Henri Baju. Après une causerie sur la Patrie canadienne, on entend "deux bonnes voix", celle de R. Bazinet, celle de R. Trudeau (qui chante Rose et papillon)... Il est curieux de suivre l'itinéraire du corps musical de Cercle Bourget qui est bien l'ancêtre de la fanfare des zouaves (laquelle n'apparaîtra officiellement qu'avec M.J.-Albert Contant en 1918). En décembre 1911, une séance récréative et musicale importante est donnée par les jeunes gens du Cercle Bourget de Joliette. La Fanfare du Cercle nouvellement fondée joue Sur les Bords du Saint-Laurent de Laurendeau, la jolie patineuse de Bagarre, Liberty bell de Zouava. Deux pièces de théâtre, le drame chrétien de H. Baju La goutte de sang et une comédie Le grondeur complètent le programme. On rappelle le but du Cercle : former les jeunes gens, "leur aider à traverser les jours orageux de la jeunesse et leur permettre de lutter avec plus de chance contre les maux dont ils sont menacés" Pour appuyer la fanfare, le concours de quelques amateurs de l'Union musicale : Ainsi Gaston Beaudouin joue la flûte, Alph Jenkins 1ère clarinette, Victor Lemaire 2ème , Yvon Fréjeau 3ème , Henri Lavoie saxe soprano, René Sabot alto, Robert Tellier 1er piston, Hermas Thérien 2ème , J.-Marie Couturier 3ème , abbé L. Beaudry 1er alto, Lucien Delorme 2ème , Horace Leprohon 3ème , Viateur Barette baryton, Edgar Couturier 1er trombone, William Paradis 2ème , Adolphe Laurendeau euphonium, Georges Jenkins (électricien) contrebasse, Alfred Lévesque grosse caisse, Walter Bellemare petite caisse, 45 annonces publicitaires..., caractéristiques du temps que vivaient les gens. Par exemple, banque Eastern Township ; machine à coudre à $ 23 ; Restaurant du peuple rue Saint-Paul ; "Au lieu d'aller à Montréal vous pourrez acheter vos jouets chez Alex. Rivard ; Deschène et Picard sont les grands débiteurs du fameux biscuit Perrin's"... Au début d'octobre 1913, on lit dans L'Étoile : "Tancrède Trottier, le capitaine de la Cie des zouaves parle encore devant le cercle Bourget de cette Cie de zouaves en formation à Joliette". Mais en décembre (1913), le Cercle, qui donne à la salle du marché deux pièces Les jeunes captifs et À la salle de police, a requis les services non de l'orchestre mais du Père Ph. Dubé professeur au Séminaire pour accompagner au piano un chant de Nevin par A. Dubeau avocat et la Berceuse de Jocelyn (Godard) par L. Dugas, ainsi que le violoniste Martial St Georges professeur au Séminaire. On a vu qu'il n'est pas coutumier, à l'époque, qu'un professeur religieux s'éloigne de sa Maison pour participer à des soirées musicales "en ville", le Père Dubé a sûrement montré une hardiesse peu commune pour réussir à s'impliquer hors des murs. Pendant ce temps les zouaves se forment. Le groupe organise même en avril 1914, une séance dramatique et musicale à la salle du marché. Joseph Desmarteau parle du zouave pontifical et l'on joue une comédie La visite de Champoireau de Régis Roy avec scènes canadiennes. Le Père Dubé au piano joue à l'entrée, aux entractes et à la sortie... En février 1915, on aura aussi une séance au profit des pauvres, coopération à l'uvre de la Conférence St Vincent de Paul. On y interprète L'espion, Ant. Dugas joue du cornet, Martial St Georges du violon. L'opérette Quand on conspire est jouée par Arth. Et Avila Vigneault, le P. Dubé est à l'accompagnement. Autre campement général de zouaves : les 4 et 5 juillet 1915. "Tous les zouaves présents ont fait la prise de Rome par les Piémontais en 1870. Ils ont été faits prisonniers avec Pie IX". On demande à la Compagnie de Joliette de "mettre la quantité de paille voulue à chaque Compagnie... et des voitures à la gare". Il y aura des exercices de sabre et des manuvres par ces 700 zouaves, qui rassembleront finalement 4 000 personnes. En décembre, une comédie Un pied dans le crime. Paul Courteau est de la distribution... (déjà!). Comme invité, le Septuor amateur de Joliette. Paul Courteau chantera encore en décembre 1916, alors que J.-A. Contant et son élève Yvonne Lachapelle joueront un duo de piano. Enfin L'Étoile du 29 août 1918, écrit le mot que l'on attendait. "Depuis deux ans à Sorel, les Zouaves ont organisé une magnifique fanfare, Joliette a la même intention... Monsieur J.-A. Contant, qui a dirigé les fanfares de Valleyfield, Chambly, Beauharnois, offre ses loisirs..." À cette nouvelle, l'Union Musicale, un tantinet ombrageuse comme tout concurrent, informe ses membres "qu'il y aurait une nouvelle fanfare qu'on dit en formation dans cette ville, qu'aucun membre de l'Union Musical ne peut faire d'une société similaire, ni se servir des instruments de l'Union Musical". Donc 26 septembre 1918, organisation de la fanfare des Zouaves de Joliette. Elle "n'a pas l'intention de nuire à l'Union Musical, rien ne sera entrepris pour faire abandonner, à personne, une fanfare qui a d'ailleurs toute son estime. Ce corps de zouaves est devenu une nécessité pour la Compagnie, pour son recrutement dont l'effectif augmente et devient une des plus belles organisations de la cité. Mais la fanfare de Sorel demeure seule comme fanfare du régiment". Le journal en profite pour donner quelques notes sur J.-Albert Contant fondateur. Il est compositeur, organiste et maître de chapelle, frère d'Alexis Contant, il en suivit des cours et compléta sa formation avec Alcibiade Béique. Ses fils sont musiciens (Albert jouera trompette, Lucien jouera violon et trompette et sera accordeur de piano, tous deux feront partie de l'orchestre symphonique du Séminaire en même temps que de la fanfare des zouaves). Un chapitre détaille ailleurs les activités promues par Monsieur Contant. La fanfare fait ses débuts le 25 février 1919, à la salle du marché. Saluons ce premier programme. Colonel Rouleau marche de Contant (fanfare et clairons réunis) respectueusement dédiée au colonel des zouaves du Régiment canadien, Les derniers échos du bal valse de Contant, Bohémiens hongrois, Czardas de A..-L. Seeboeck, On demande un acteur (comédie), Célèbre Largo de Haendel, Les zouaves joliettains de Contant (fanfare, clairons et chur de zouaves), Consultation gratuite (comédie). Chez-nous marche sur des chants populaires de Contant". Ce simple programme reflète un peu les préoccupations de Monsieur Contant : profiter de cet ensemble pour mettre à l'épreuve et à l'exercice ses compositions dont il sera à même d'évaluer la portée, intégrer au programme musical un peu de théâtre le plus souvent comique, tendre à présenter une musique à la portée des gens en puisant principalement dans le répertoire canadien dont il prendra plaisir à faire des arrangements. Il ne manquera pas l'occasion - et ça deviendra presque caricatural, du moins caractéristique de sa personnalité - de dédier un bon nombre de pièces à diverses personnes ou à des groupes ou organismes qu'il voudra honorer. On ne pourra ainsi oublier personne, ni son hôte, ni les musiciens, ni même le directeur, en espérant ne point oublier non plus le contenu de la présentation musicale. Les relations seront des plus hautes et des plus cordiales dans l'entourage de Monsieur Contant. Il semble bien que le groupe des zouaves fut le premier corps de musiciens de l'extérieur qui soit entré au Séminaire. Le Père Latour (mars 1919), écrit "Les zouaves reprennent quelques morceaux d'un concert donné ailleurs récemment. Ce sont toutes des uvres de Monsieur Contant, qui est notre professeur de piano. Il a organisé une fanfare de zouaves il y a quelques mois". Monseigneur, au nom du capitaine Rouleau, crée Monsieur Contant "capitaine de milice"... (Les zouaves seront encore au Séminaire le 10 mai 1925, pour une "audition musicale"). Notons que c'est à Pâques 1919, que les zouaves assistent pour la 1ère fois avec leur fanfare à la grand-messe de la cathédrale. Lors d'un concert en avril 1919, on apprendra que "la Marche iroquoise de Monsieur Contant à pris naissance lors d'une visite à Caughnawaga. Pendant une fête iroquoise il nota un des dessins mélodiques". Monseigneur Forbes qui avait été curé à cet endroit s'est vu dédicacer la nouvelle composition... Ce même soir, c'est sur demande qu'on joua Les zouaves joliettains de Monsieur Contant. Comme "l'autre corps musical", il arrivera que les zouaves jouent dans le parterre de l'évêché. Question affaire : Robert Tellier, au nom des zouaves, obtient un bonus de $ 250 de la ville (juin 1919) ; en retour on s'engage à donner 10 concerts en plein air. Relevons ici deux pièces musicales qui feront la manchette à plusieurs reprises : La Danse du Ouaouaron de Contant avec un solo de tuba par Henri Mainville, et Les deux inséparables polka duo de cornets avec Albert et Lucien Contant. À noter que ce dernier, fils de J.-Albert, lui succédera plus tard (1940), à la direction. (Parallèle intéressant : à cette nouvelle époque (1945), un duo de cornet et baryton sera joué par Luc Forest de l'U.M. (!) et Gaston Champoux des zouaves... Les zouaves seront invités à jouer tantôt à une partie de cartes à l'Académie Saint-Viateur, tantôt à la salle du marché où se donne un euchre-concert. On continuera de donner des soirées récréatives avec pièces de théâtre. Pour la fête du Sacré Cur de 1920, 15 000 personnes se rassemblèrent au monument du Sacré Cur. Le chur de la cathédrale est accompagné par les zouaves. L'Union Musical s'y trouve aussi, "ayant promis son concours plutôt que d'accepter un engagement très rémunératif à Montréal ce jour-là"... Il est certain que les soirées récréatives "avec le concours" de la fanfare des zouaves pourront faire entendre beaucoup d'artistes joliettains et la fanfare jouera alors un rôle aussi effacé que sonore, comme ce 23 février 1922, dans l'église de Crabtree Mills où furent réunis Madame Paul Courteau, Diane Lachapelle, Joseph Lafrenière et René Martin qui jouèrent l'opéra comique Le 66 d'Offenbach, rendu deux fois l'hiver précédent par les mêmes artistes (opérette qui avait été jouée au collège à la Sainte-Cécile de 1888). De même le 18 mai, lors d'un euchre-concert à l'Académie Saint-Viateur, Lucien Dugas chante un extrait de Guillaume Tell de Verdi, Madame Josaphat Désormeaux, une pièce de J.-A. Contant avec violon obligato. La fanfare joue entre autres, Les voilà marche de Alexis Contant. "Ce serait la seule marche écrite pour fanfare par Alexis Contant. Or elle a été détruite dans un incendie, mais J.-A. Contant l'a réécrite et harmonisée de mémoire". C'est à l'inauguration de leurs concerts d'été en mai 1922, que les zouaves revêtent un nouvel uniforme. L'Étoile du Nord note encore qu'un certain chant national japonais exécuté par les zouaves en 1923, avait été écrit par Monsieur Contant au cours d'une audition de musique par le poste W.E.A.F. de New York et qu'il en avait fait un arrangement. Le même journal mentionne que lors du ralliement général des zouaves à Montréal en juillet 1923 la marche des" Zouaves joliettains de Contant fut rappelée deux fois". En novembre 1924, la fanfare des zouaves joue à CKAC avec les solis Henri Mainville au tuba et Lucien Contant au violon. En décembre, lors d'une soirée concert on entend une marche de Contant Gloire au travail dédiée à tous les ouvriers À cette même soirée, après une séance de magie, on assista à une comédie de A. Mars avec 14 personnages. " Une partie de L'ameublement vient de la maison P.T. Légaré et les ustensiles de cuisine de Eugène Rivest ferblantier". En janvier 1925, on annonçait un concours des fanfares à CKAC. Les zouaves de Joliette comparent l'aide financière qu'ils reçoivent avec celles des autres villes, Drummondville, par exemple, où "un radio haut-parleur est installé dans le soubassement de l'église avec ses 3 000 places, St-Hyacinthe qui est payé pour ses frais de déplacement, Saint-Jean qui a organisé un train spécial il n'y a que notre fanfare qui n'a rien reçu de semblable". Par contre le bon ménage que vit la fanfare des zouaves avec la chorale de la cathédrale, dont le directeur est Monsieur Contant, permettra un jumelage des groupes lors de concerts et donnera du relief à l'un et à l'autre. Pour un concert en mars 1926, Monsieur Contant, avait invité la sur d'une de ses élèves en piano, Estelle Farly de Berthier qui chanta Sancta Maria de Faure et un extrait des Cloches de Corneville ; Maggy Farley tenait la partie du piano. À la Fête du travail,, la fanfare accompagna les sportifs à une partie de Baseball au parc Joliette "L'Épiphanie contre Joliette". Après une "parade", les musiciens sont de nouveau en concert au parc Renaud. Pendant ce temps, au parc Archambault l'Union Musicale accompagnait des divertissements "courses pour hommes gras en allumant un cigare, en échangeant leurs chaussures" , d'autres "montaient dans un poteau graissé". La musique apportait sa note de distinction En avril 1927, un rassemblement de 300 zouaves à Joliette fut, selon L'Étoile du Nord, "la meilleure et la plus intéressante démonstration offerte cette année au public de Joliette et des alentours". En particulier le soir, un concert au parc Lajoie fut donné par l'Harmonie de Grand-mère. Cinq corps et clairons se trouvaient aussi sur place. (En juillet de l'année suivante 1 000 zouaves au parc Lajoie Malgré une pluie torrentielle "les sirènes d'autos réclament le concert de Contant") C'est sous les auspices des zouaves et d'autres artistes de joliette que le "célèbre Charles Marchand défenseur de la bonne chanson canadienne" vint en octobre (1927), donner un spectacle dans la nouvelle salle académique du Séminaire. Maurice Ducharme jeune violoniste (finissant au Séminaire l'année précédente) participa avec sa sur Germaine. On relève pour le 12 novembre 1929, une soirée dramatique et musicale à la salle du marché, au profit de la Cie des Zouaves, donnée par l'Association dramatique "amicale" de Montréal sous la direction de Madame J.-A. Paquette. L'orchestre des Gais Lurons (portion plus allègre du groupe musical des zouaves) participe avec le Prélude de Rachmaninov, l'Angélus de Massenet. On accueille Grazielle Paquette lauréate du conservatoire Lasalle, Jeannette Gauthier, Louise Lemieux Le journal local, d'un naturel pacifique et conciliant, félicite ses corps de musique (1929). "Joliette a raison d'être fière de ses fanfares. Elles sont complètes autant que talentueuses. Joliette apprécie gros la bonne musique rendue par chacune". On renchérira quelques jours après. "Les deux fanfares de Joliette sont populaires. Et chacune avait un engagement spécial pour la fête de Saint-Jean-Baptiste, une à Trois-Rivières et les zouaves dans la procession légendaire de Montréal. Les zouaves avaient joué la Marche du régiment joliettain de Contant devant l'estrade du Gouverneur général à la Saint Jean Baptiste Dans l'intervalle, Monsieur Contant à dédié à L'Étoile du Nord et à son rédacteur une marche chantée Pif et Paf, qui fut jouée une 3ème fois à la fin de l'un de ses concerts Entre-temps l'Union Musical imperturbable ( ?) souligne à ses membres "qu'aucun musicien ne devra engager de discussion avec l'autre corps de musique déjà existant et continuer de les ignorer" Pif et Paf quoi ! Lors de la convention annuelle du Régiment de Zouaves pontificaux à St-Hyacinthe (1929), Monsieur Contant dédie au directeur de la philharmonique de l'endroit une pièce Gloire à Ringuet (Léon). Quelques jours après, en réponse à la dédicace de Monsieur Contant à Léon Ringuet "l'éminent compositeur et directeur", celui-ci écrit : "Je serai heureux de faire jouer cette marche par ma fanfare en n'oubliant pas de mentionner chaque fois le nom de l'auteur". Un parfait échange de bons procédés. Le 10 avril 1930, les zouaves ont invité la troupe Charland (Hector) à la salle académique. "On a déjà vu Charland à 4 reprises à Joliette". Avec lui des Anciens de Gésu : Alfred Amireault, Sylvio Alarie, Conrad Gauthier, René Délisle. La fanfare participe, ainsi que le ténor joliettain Armand Charron. Une soirée de l'A.C.J.C., que nous rangeons normalement parmi les activités du Séminaire, donne une si grande place à M. Geo.-Ed. Panneton vénérable zouave pontifical chevalier de Pie IX, que nous en parlons ici. C'était le 21 mai 1930. Une séance littéraire et dramatique est donnée par le cercle Saint-Michel et l'Avant-garde Charlebois avec le concours de l'orchestre du Séminaire et de la fanfare des zouaves (qui joua Zouaves, en avant de J.-A. Contant). Des élèves y présentaient le drame La conversion de Faust de Guesdon et Lassus. Un bon motif à une soirée de reconnaissance : Panneton est un ancien élève du collège. Il fut parmi les 20 premiers élèves qui s'enrôlèrent dans le bataillon des zouaves, il partit en mai 1868, avec le second détachement des Zouaves, le Père Joseph Michaud en était. L'Étoile du 22 mai, parle ici familièrement des "zouzous", ajoutant que "la fanfare traduit l'orgueil de tout Joliette". En novembre (1930), c'est encore les zouaves qui amèneront le Cercle Lapierre à la salle académique pour y jouer Les tribulations de Blandinet, comédie de Labiche. L'avocat Hector Charland y tient le premier rôle, puis Sylvio Alarie, Oscar Laparé et René Délisle. L'acteur Conrad Gauthier est de la distribution : le fondateur des Veillées du bon vieux temps ajoute encore "une série de chansons". Un mois après, ils obtiennent les Anciens du Gésu ("la section dramatique des Anciens de Ste-Marie"), dir. Ls-Ph. Hébert. Ce sont sensiblement les mêmes acteurs. L'Étoile ajoute : "Les organisateurs désirent de plus en plus soustraire notre population aux dangers du théâtre et du cinéma". On entend Maurice Ducharme, Lucien Dugas, artistes invités. En juin 1931, L'Étoile informe que la marche Les zouaves joliettains de J.-A. Contant est officiellement reconnue comme la marche du 3ème bataillon des zouaves pontificaux canadiens. "Le refrain de cette marche sera chanté par tous les soldats du 3ème bataillon à la Convention de Trois-Rivières en juillet. C'est un honneur qui rejaillit sur la fanfare des zouaves de Joliette grâce au dévouement inlassable et à l'attention toute particulière que Monsieur Contant porte à ses musiciens joliettains". Cette organisation musicale, ajoute le journal, désirant plaire aux amateurs de musique populaire donnera, lors de son prochain concert, "les succès de Maurice Chevalier et de Georges Milton, comme Bonsoir, J'ai ma combine, Je t'adore, etc. Les refrains parisiens seront chantés exclusivement en français et ceux de Maurice Chevalier dans les deux langues"... Fait à noter, révélateur du souci que l'on a de se faire proche de la population et de l'amener à participer : on fera souvent imprimer sur le programme les paroles des chansons jouées, comme ce fut le cas en juillet 1931. Précisément à l'occasion de ce concert, L'Étoile souligne que Monsieur Contant "se rendant à la demande de Monsieur E. Bourdeau gérant de l'Harmonie de Granby a composé une marche spéciale Granby musical pour l'Harmonie de Granby à l'occasion du grand Festival des fanfares de la province qui doit s'y tenir. Monsieur Contant, invité à diriger lui-même cette marche à l'ouverture du Festival, doit cependant décliner cet honneur parce qu'il doit diriger ce soir-là la fanfare des zouaves de Joliette engagée pour un grand concert à Saint Gabriel"... Il pouvait être de bonne politique pour Monsieur Contant de ne pas diriger lui-même une marche d'ouverture de sa composition devant les fanfares officielles de la province quand l'Union Musicale présente allait exécuter, de son côté, la marche attitrée de l'Union Musical dont Monsieur Prévost est l'auteur... On sait faire. C'est encore à l'instigation de la Compagnie des zouaves de joliette qu'a lieu en décembre (1931), une Veillée du bon vieux temps à la salle académique. Les vedettes du temps : pour le théâtre Hector Charland, pour la chanson Conrad Gauthier, pour la musique Isidore Soucy, Donat Lafleur, Oscar Morin. Concernant les pièces, "À la demande des organisateurs les rôles féminins ont été supprimés". Le même journal fait observer que "Conrad Gauthier et ses amis auront concouru beaucoup à faire disparaître de nos foyers canadiens des danses et des amusements issus du paganisme. Encourageons ceux qui purifient nos murs en soustrayant notre jeunesse aux dangers des attractions modernes et immorales"... Les mêmes artistes s'y retrouveront à une veillée de la Sainte-Catherine, comme Hector Charland "qu'on entend presque tous les soirs à la radio". Et alors place à la musique à bouche (Oscar Morin), à l'accordéon (Donat Lafleur), aux violoneux (Alcide Morin, Isidore Soucy), aux danseurs. Lucien Dugas apportera une note plus classique à l'entracte avec l'Air de Valentin et, en rappel, le Carillonneur de Triandafil. Un moyen de "soustraire notre population, reprend le journal, aux dangers trop réels du théâtre et du cinéma".... On voit réapparaître l'orchestre des Gais lurons en avril 1932, ils sont sous la direction de Lucien Contant, fils de J.-Albert. Cet orchestre jouera l'entrée et les intermèdes à un concert des zouaves à la salle du marché en mai 1933. On y jouera, ce soir-là, la pièce de théâtre Félix Poutré et À qui le neveu ? de T. Botrel, un genre de théâtre souvent joué à l'époque. On doit ajouter ici que Lucien Contant est à la veille d'ouvrir un atelier pour réparations de piano, il sera longtemps "l'accordeur attitré des communautés religieuses". Voici que le 28 juillet 1933, grâce aux démarches de Monsieur Lucien Dugas..., la fanfare des zouaves est invitée en même temps que "l'Association des chanteurs de Joliette" (dont il est question plus loin) à participer à "l'Heure provinciale" à CKAC. La fanfare, quant à elle, jouera quatre pièces de J.-A. Contant : Forgerons au village pièce descriptive, Joliette jolie valse, Par les rues de Pékin marche à l'orientale et Jeunesse... Il fit malheureusement un temps d'orage ce soir-là rendant la réception radiophonique impossible... Les admirateurs de la fanfare pourront se reprendre car "la majeure partie des morceaux sera joués au concert Molson en août prochain". En novembre 1934, la grande soirée canadienne, offerte par la Cie des zouaves, présente des artistes bien connus des auditeurs de la radio et des Veillées du bon vieux temps. On y joue Maria Chapdelaine avec une distribution qui évoque des souvenirs aux plus anciens : Lucie Poitras (Maria), Conrad Gauthier (Samuel Chapdelaine), Paul Guèvremont, Claude Sutton, Jeanne Teasdale, etc. "Les radios seront fermés jeudi soir, clame la publicité, les meilleurs artistes seront à Joliette"... On a vu que des acteurs français vinrent aussi présenter cette pièce au cours de ces années-là. En avril 1936, la présentation, à grand renfort d'annonces publicitaires, d'une comédie de Labiche (La Cagnotte), s'accompagne de la participation "d'amis et artistes locaux". Or il s'en trouve de plus en plus à Joliette (comme on le voit dans d'autres colonnes). Ainsi Anita Gravel soprano chante un extrait du Cid de Massenet, Jeanne Malo soprano Les millions d'Arlequin (R.Drigo), Adrien Vachon ténor rend l'Aubade du roi X de Labo. La composition de Contant Nos cloches est donnée par un véritable orchestre avec violon, flûte, hautbois, clarinette saxophone, baryton, carillon, piano. Le chanteur joliettain Lucien Dugas, qui fut pendant de longues années l'artiste invité de nombreuses organisations, résuma à l'auditoire du parc Renaud, lors d'un concert Molson le 29 août 1933, les débuts de la fanfare des zouaves. "En 1918, disait-il en substance, quand les zouaves eurent l'idée de former une fanfare, il n'y avait que des cuivres. Il manquait des instruments nécessaires à l'exécution de certaines partitions de fanfare. Aussi Monsieur Contant dut composer toutes les pièces de son répertoire en fonction des instruments disponibles, il fut en quelque sorte forcé de faire des arrangements musicaux de tous ordres... Dans la suite les bois sont venus s'ajouter et c'est devenu aujourd'hui une fanfare complète". L'Étoile du Nord du 22 juin 1939, a obtenu le relevé des compositions de Monsieur Contant : 61 marches militaires, 3 marches religieuses, 3 pièces d'ouverture, 4 valses, 4 pièces descriptives, 5 sélections, 124 pièces originales, 44 arrangements. En tout 144 compositions musicales. Il est arrivé à plusieurs reprises qu'un concert ne comportât que des uvres de Contant... Quelques exemples typiques de ses "dédicaces". Sur un programme il annonce les pièces suivantes : Vétéran timide, Un bon zouave, Ponctualité, Fidelopost dédiées respectivement à J.-Émile Laniel prés. du comité de régie, à Maurice Lajeunesse vice-président à Lucien Senneville de la fanfare, à Maurice Champoux solo cornet. Il dédiera successivement un grand nombre de morceaux de fanfares : une Marche électorale à nos députés futurs et actuels, Zouave de Pie IX au commandant Ferron fondateur de la Cie des Zouaves, Captain Vic au capitaine Victor Masse, Marche Léo dédiée à Léo Rainville président de la Régie des zouaves, Honneur au travail aux ouvriers, Alarme 125 aux pompiers, La belle blonde spécialement dédiée à la brasserie Molson... , etc. À sont tour Paulin Dugas 1er trombone (élève de Monsieur Contant) lui dédie une marche Notre directeur fondateur. Mais il s'était d'abord vu dédier une pièce... On a déjà écrit que Monsieur Contant dédaignait de servir à la population un répertoire populaire. Du bon canayen (titre de l'un de ses arrangements), mais aussi les succès parisiens et les refrains que tout le monde turlutait : J'ai deux amours et Sur le plancher des vaches de Vincent Scotto, Y a des loups muguette, Ki-sans-fou fox-trot, genre de musique chinoise qu'il exécutera "3 fois sur appels prolongés"... À son tour le théâtre des zouaves présentait des pièces légères, comiques, avec des acteurs souvent spirituels comme Charlemagne Goulet, Maurice Champoux qui se gagnaient d'emblée la sympathie du public. La Convention des zouaves, quand elle avait lieu à Joliette, ne passait pas inaperçue. En 1938, 3 000 personnes vinrent assister au défilé et au spectacle des 1 200 zouaves qui s'y étaient rassemblés. Maintenant que les talents des chanteurs joliettains se découvraient, surtout avec l'Association des Chanteurs, on en vit dans la distribution des rôles (Mesdames J. Désormeaux, J. Lafortune sopranos) complétant le programme dont une partie importante était assurée par la fanfare des zouaves. La fanfare des zouaves joliettains est à l'image du corps de zouaves lui-même. Chez les zouaves on travaille ferme sans trop de prétention ni de susceptibilité (En 1963, l'Union Musicale leur reconnaîtra ouvertement cette qualité en participant elle-même au défilé du 50ème anniversaire de fondation des zouaves), on essaie de s'adapter aux circonstances, on cherche à être utile, témoin les nombreuses soirée au profit de la jeunesse, de l'église Saint Pierre, etc. On offre des divertissements que le monde apprécie : manuvres militaires, sketches, chansons comiques, un peu à l'image du joyeux soldat. À la direction un travailleur infatigable, qui cumulait d'ailleurs plusieurs emplois (comme on le verra), et qui, avec souvent les moyens du bord, a réussi à donner une coloration particulière à l'image que l'on garde du passé musical de Joliette. |