Ottawa, le 13 novembre 2008
2008-091
Le Financial Times publie dans son numéro d'aujourd'hui une collaboration spéciale de l'honorable Jim Flaherty, ministre des Finances, qui expose le plan en cinq points du Canada pour rétablir la stabilité du système financier international :
« La crise financière qui a débuté il y a 14 mois aux États-Unis s'est intensifiée et s'est propagée partout dans le monde, menaçant d'annuler les progrès économiques accomplis dans les deux dernières décennies. Les gouvernements ont agi de manière concertée et ils vont continuer de le faire, en prévision du sommet des grandes économies du Groupe des Vingt.
« Peu de pays ont autant besoin du commerce international et sont aussi bien intégrés au système financier mondial que le Canada. Pourtant, notre secteur financier continue d'affronter la tempête mieux que ceux de bien d'autres pays. Cela n'est pas le fruit du hasard. Les Canadiens sont prudents de nature, et notre système financier a été qualifié de ?terne'. Or, la réglementation du Canada parvient à concilier efficience et stabilité, et cela a évité aux contribuables canadiens de faire les frais de la réaction à la crise actuelle. Aussi ?ternes' soient-ils, des systèmes financiers comme le nôtre sont peut-être alors ce dont le monde a besoin aujourd'hui.
« Avant d'examiner de grands modèles réglementaires d'envergure mondiale, nous devons reconnaître qu'une saine réglementation commence dans chaque pays. Des régimes nationaux efficaces auraient pu prévenir la crise actuelle et doivent être notre premier rempart contre d'autres crises. Nous devons tirer des leçons des systèmes qui fonctionnent bien et les appliquer à nos régimes réglementaires nationaux.
« Dans un premier temps, nous devons réglementer tous les fonds communs de capitaux faisant appel à l'effet de levier. La crise a illustré l'effet dévastateur que peuvent avoir des entités non réglementées. Pour être admis sur les marchés mondiaux, il faut respecter des règles de transparence. Des exigences réglementaires différentes peuvent s'appliquer à divers services financiers, mais des exigences communes doivent s'appliquer à tous.
« Deuxièmement, les réserves de capital et de liquidités doivent être assez élevées pour permettre de résister à des chocs importants. De plus, les autorités de réglementation doivent restreindre le recours global à l'effet de levier. Certains ont critiqué les exigences de capitalisation élevées du Canada à l'égard des banques, les jugeant trop conservatrices; par contre, le solide bilan affiché par les banques canadiennes pendant toute la crise est des plus éloquent.
« Troisièmement, il ne suffit pas de réglementer les institutions particulières. Il faut aussi réglementer l'ensemble du système. Des risques qui semblent raisonnables lorsqu'on les considère isolément peuvent s'avérer insoutenables à l'échelle du système. Il faut adopter cette perspective systémique pour atténuer toute tendance à sous-estimer les risques quand les choses vont bien. Dans chaque pays, cela requiert une action concertée de l'ensemble du gouvernement, de la banque centrale et des autorités de réglementation.
« Quatrièmement, nous devons accroître la transparence et la résilience de l'infrastructure des marchés. La non-transparence des opérations hors cote et les ventes à découvert ont réduit la stabilité du système financier.
« La crise actuelle montre que même les pays dotés de systèmes financiers solides peuvent ressentir les effets de régimes de réglementation inefficaces ailleurs dans le monde. Des pays peuvent hésiter à imposer de nouvelles règles à leurs institutions, par crainte de défavoriser celles-ci sur le plan de la concurrence. Cela mène directement à un cinquième point, soit l'importance de renforcer la coordination et les activités d'examen et de surveillance à l'échelle internationale, pour améliorer notre deuxième dispositif de protection. Le Canada a été l'un des pionniers du programme d'évaluation des secteurs financiers, un programme conjoint du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Cet examen indépendant des systèmes financiers nationaux devrait être obligatoire et public. Nous devons renforcer le rôle des collèges internationaux de responsables de la surveillance afin d'améliorer la compréhension des risques systémiques et de coordonner les mesures nationales. La surveillance exercée par le FMI doit être assortie de sanctions, et les pays doivent assumer leurs responsabilités afin de soutenir la croissance et la stabilité financières mondiales. Ce qui importe par-dessus tout, c'est de corriger les déséquilibres mondiaux au moyen de politiques macroéconomiques et de règles de taux de change propres à soutenir la croissance.
« La manière dont nous prenons ces décisions est tout aussi importante. Au cours de deux décennies d'une croissance sans précédent, nous avons vu émerger de nouveaux intervenants économiques dynamiques, qui doivent avoir voix au chapitre dans les tribunes mondiales. Dans le cadre de la récente réforme du FMI, le Canada a consenti à une réduction de sa quote-part parmi les plus fortes de tous les pays, afin de permettre une meilleure représentation des économies émergentes. Celles-ci doivent également se faire entendre dans d'autres instances, comme le Forum sur la stabilité financière.
« Ensemble, ces réformes doivent faire en sorte que des incitatifs soient mis en place pour appuyer la stabilité et que la résilience devienne un caractère fondamental du système financier.
« Ce n'est pas l'échec du libre marché qui a causé la crise actuelle. C'est plutôt que certains ont oublié le principe d'Adam Smith selon lequel la ?main invisible' doit être appuyée par des cadres juridique et réglementaire adéquats. Tous les pays doivent travailler ensemble au renforcement de ces cadres, en commençant chez eux. »
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