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Une réunion d'un groupe d'experts dans les domaines de l'hépatologie, des maladies infectieuses, de la virologie, de la toxicomanie, des soins de première ligne, de l'éducation et du développement de directives, de même que les représentants appropriés des patients, a été convoquée. On a demandé aux participants de revoir et d'évaluer de façon critique la littérature présentement disponible portant sur la gestion des infections par les virus de l'hépatite C (VHC) et le virus de la co-immunodéficience humaine (VIH). Des données présentées au groupe on fait l'objet de discussions puis ont été formulées sous forme de directive. Les Fonds pour cette réunion ainsi que l'élaboration des directives on été fournis par la Division de l'hépatite C, Santé Canada.
On estime que plus de 5 000 personnes vivant au
Canada sont co-infectées par le VHC et le VIH. La majorité
ont développé cette infection suite à l'utilisation
illégale de drogues intraveineuses ou par exposition à
des produits sanguins contaminés. Les populations qui présentent
des taux de coinfection croissants sont les détenus en milieu
carcéral, les autochtones, les femmes porteuses du VIH, les
sans-abri et les personnes souffrant d'hémophilie et d'autres
troubles de coagulation congénitaux.
Il est opportun de développer des directives de prise en
charge pour les personnes co-infectées par le VHC/VIH au
moment où la multithérapie antirétrovirale
(HAART) vient améliorer de façon marquée le
pronostic des personnes porteuses du VIH. Les personnes porteuses
du VIH qui sont coinfectées par le VHC peuvent développer
une maladie du foie importante liée au VHC, une cause de
morbidité et de mortalité croissantes au sein de cette
population. La thérapie antivirale pour le VHC peut maintenant
éliminer le virus décelable (ARN VHC) dans le sérum
chez 40 % des patients séronégatifs traités
par une combinaison de IFN? 2b et de ribavirine (30 % et 65 % respectivement
pour les génotypes 1 et 2-3). Une réponse virologique
soutenue est associée à une amélioration de
l'histologie du foie, que l'on peut raisonnablement assumer comme
menant à une amélioration de la survie à long
terme à la maladie du foie.
Des directives de prise en charge récentes pour le traitement
du VIH et du VHC sont disponibles. Le traitement de la co-infection
par le VHC/VIH pose des questions de prise en charge additionnelles,
lesquelles doivent être abordées spécifiquement
si l'on veut maximiser l'efficacité thérapeutique.
La toxicomanie est dominante au sein de la population d'UDI et ce
comportement nuit au respect des schémas posologiques de
traitement et pose un risque de réinfection pour ces personnes.
La consommation régulière, même modérée,
d'alcool est associée à une progression plus rapide
de la fibrose du foie. Il est impératif que ces questions
soient réglées avant de débuter un traitement
pour l'une ou l'autre des infections virales. L'accès à
une thérapie peut constituer un problème additionnel
pour les sans-abri ou les personnes qui vivent dans des endroits
isolés, ruraux ou en milieu carcéral.
Il existe une controverse en ce qui a trait à l'infection
qui doit être traitée en premier. Avant de prendre
cette décision, il est important de déterminer le
type de co-infection. Ainsi, le dépistage de la co-infection
est important lorsqu'un patient présente l'une ou l'autre
des infections.
Certaines données suggèrent que la thérapie
antirétrovirale pour le VIH pourrait être associée
à une hépatoxicité plus importante chez les
personnes infectées par le VHC. D'un autre côté,
la « reconstitution immune » du sujet infecté
par le VIH grâce à l'introduction de la thérapie
HAART pourrait accroître la maladie immunitaire hépatique
liée au VHC si l'on se trouve en présence de co-infection.
En général, en raison des réponses actuelles
à la thérapie antirétrovirale, il est recommandé
que l'infection par le VIH soit abordée (et traitée
au besoin) en premier, puis d'introduire ensuite le traitement du
VHC à une date ultérieure, en fonction du patient.
À l'heure actuelle, l'évaluation de la gravité
de la maladie hépatique présente ne peut être
établie que par un examen de l'histologie du foie, et un
traitement n'est recommandé que pour les patients dont la
biopsie du foie présente au minimum une inflammation modérée
et/ou une fibrose. Si l'on réussit à enrayer l'infection
par le VHC chez un patient atteint d'une co-infection VHC/VIH, l'on
espère que le taux de morbidité et de mortalité
des deux infections sera réduit.
La thérapie antirétrovirale peut être amorcée
par un schéma posologique comportant ou non un inhibiteur
de protéase. Le choix des agents spécifiques de la
combinaison doit tenir compte des questions de respect de la thérapie
et d'intoxication du patient co-infecté. Si une thérapie
spécifique au VHC est envisagée, les agents présentant
un chevauchement de toxicités devront être évités.
Les données d'examen par les pairs sur les résultats
de la thérapie antivirale pour le VHC chez des personnes
également infectées par le VIH sont rares et se limitent
pour la plupart à la monothérapie à l'interféron
(IFN). Le nombre total de patients traités est peu élevé
et les données sur le suivi à long terme sont encore
plus limitées. Les études publiées sur la monothérapie
IFN indiquent que les personnes co-infectées répondent,
mais peut-être moins efficacement, de façon similaire
aux personnes infectées par le VHC uniquement, en termes
de perte d'ARN VHC décelable dans le sérum à
la fin du traitement et six mois après la fin du traitement.
La thérapie avec l'IFN? 2b et la ribavirine (la norme actuelle
de soins pour le VHC chez les patients sans contre-indication et
ceux qui correspondent aux critères de traitement) serait
aussi efficace chez les patients qui présentent une coinfection
VHC/VIH, mais le nombre de patients traités est si réduit
qu'on ne peut généraliser. Il semble toutefois raisonnable
d'utiliser l'IFN? 2b plus la ribavirine chez le patient co-infecté
comme chez le patients séronégatif. La durée
de la thérapie pour le VHC est déterminée selon
le génotype de base. La durée optimale de la thérapie
chez le patient co-infecté est incertaine.
Il existe plusieurs préoccupations relativement aux facteurs
qui pourraient limiter l'efficacité et la sécurité
du traitement du VHC et du VIH lorsque des infections se présentent
de façon simultanée, soit :
En raison des questions d'intoxication toxicité et de respect de la thérapie, dans certaines circonstances, il n'est pas avisé d'amorcer les deux schémas posologiques de traitement simultanément.
Le respect d'une thérapie double pour le VHC et le VIH peut être compromis par des problèmes antérieurs ou continus relatifs à une dépendance, à des effets secondaire synergiques, à l'accessibilité réduite à la thérapie et à « l'épuisement » lié à la drogue.
Certaines interactions médicamenteuses peuvent se produire, résultant en une réduction de l'efficacité ou des toxicités de la thérapie HAART.
La toxicité de la moelle osseuse liée à la thérapie HAART peut empêcher l'utilisation d'une dose adéquate de thérapie antivirale (ribavirine) pour le VHC.
Pour essayer d'éviter des interactions médicamenteuses et toxicités importunes, certaines modifications apportées à la prise en charge ou au schéma thérapeutique recommandés pour le VHC et le VIH peuvent être requises. Cela comprend :
Une augmentation de la fréquence de la surveillance du plasma ARN VIH est recommandée lorsqu'on administre à la fois la thérapie HAART et du IFN? 2b en raison du potentiel théorique d'inhibition compétitive des thydimine kinases requises pour la phosphorylation du médicament (ribavirine et inhibiteurs nucloséidiques de la transcriptase inverse).
La capacité de la moelle osseuse à répondre à l'hémolyse induite par la ribavirine face aux multiples pharmacothérapies de dépression de la fonction médullaire osseuse doit être surveillée par la réponse réticulocyte.
Chez les patients dont le VIH est traité par certains inhibiteurs de protéase, par exemple l'indinavir qui peut provoquer une hyperbilirubinémie non conjuguée suite au déplacement de l'albumine nécessaire à l'apport des cellules hépatiques, l'hémoglobine pourrait être une mesure plus fiable d'hémolyse due à la ribavirine que les augmentations de bilirubine.
Le récidivisme chez les anciens UDI peut être précipité par une thérapie IFN, ce qui favorise alors l'échec à respecter tous les traitements prescrits et par le fait même le développement d'une résistance virale à la fois au VIH et au VHC. En outre, ce comportement peut mettre le patient en situation de risque de réinfection. Un suivi par des conseillers en toxicomanie peut être nécessaire.
La « reconstitution immune » qui suit l'introduction de la thérapie HAART pour le VIH pourrait « activer » l'hépatite C chronique et même favoriser une décompensation hépatique chez un patient atteint de cirrhose. On doit surveiller les épreuves fonctionnelles hépatiques durant la thérapie ? albumine, bilirubine et RIN.
Les directives fournissent des recommandations détaillées pour le diagnostic et le traitement du patient co-infecté et visent à accroître la sensibilisation des médecins pratiquant pour les aider à déterminer qui doit faire l'objet de dépistage, de tests et être traités pour les infections par le VHC et le VIH.
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