Directions canadiennes :Historique des presses particulières au Canada, |
Marque typographique de la Golden Dog Press Droit d'auteur/Source |
Le phénomène des presses particulières au Canada est relativement récent. En 1933, J. Kemp Waldi a ouvert sa Golden Dog Press à Toronto. Même si la Golden Dog n'était pas, à proprement parler, une véritable presse particulière dans la mesure où la composition et l'impression étaient faites par des professionnels, elle a une place significative dans l'histoire des presses particulières au Canada. Les livres de la Golden Dog sont considérés comme les premiers au Canada qui ont reflété l'esprit du mouvement anglais des presses particulières lancé par William Morris dans les années 1890. La Golden Dog a tourné jusqu'en 1939 et a produit huit titres.
La presse particulière de Robert R. Reid (1946-1962) est l'exemple le plus ancien du genre au Canada. Fondée à Vancouver en 1946, sa première publication, une réimpression de The Fraser Mines Vindicated, de 1858, a été tirée à 110 exemplaires en 1949. Ce livre est un merveilleux exemple de l'attention et de l'intérêt consacrés par son créateur. Dans la note d'introduction de l'imprimeur, Reid a décrit l'excitation que lui procurait le défi de la presse particulière :
« Les beaux livres ont une valeur littéraire et une valeur commerciale, mais c'est leur valeur en tant qu'œuvre d'art qui les différencie des autres livres. Cette qualité esthétique intangible n'est pas facile à obtenir. Les matériaux de reliure, les caractères, le papier et les encres que le concepteur utilise contribuent tous à donner cette impression de luxe. Il existe un autre élément, la personnalité, sans laquelle un livre n'est rien. Cette personnalité vient de ce que son concepteur lui transmet un peu de lui-même - son amour des beaux livres, la sincérité corollaire de son dessein, sa compréhension de l'application des principes de base de l'imprimerie artisanale - aux livres1. » [Traduction libre] |
Colophon de Robert Reid dans The Fraser Mines Vindicated Droit d'auteur/Source |
Son colophon décrit le projet et le résume tres bien (voir texte intégral).
Reid a également collaboré avec d'autres imprimeurs et artistes, le plus important étant Takao Tanabe qui s'est associé à Reid pour produire Gold : Its Properties, Modes of Extraction, value & c. en 1958, et Grave Sirs de John Newlove en 1962. Tanabe a ensuite ouvert sa propre Periwinkle Press (1962-1965), publiant huit articles en trois ans.
Couvertures et signature au centre de Grave Sirs Droit d'auteur/Source |
Couvertures de trois titres imprimés par la Periwinkle Press Droit d'auteur/Source |
En 1960, Reid a travaillé avec George Kuthan pour produire Kuthan's Menagerie of Interesting Zoo Animals, sous le nom de Nevermore Press. On considère ce livre comme un chef-d'œuvre des presses particulières au Canada. Sur les 130 copies prévues, seulement 70 ont été imprimées. Reid a déménagé à Montréal où il a travaillé comme concepteur à l'Université McGill et, plus tard, aux États-Unis où il imprime toujours sous la marque Sign of the Gryphon.
Marque typographique de la Purple Partridge Press Droit d'auteur/Source |
La vague suivante des presses particulières s'est développée en Ontario vers le milieu des années 1960. Un afflux, dans les industries graphiques canadiennes, d'artisans spécialisés venus d'Europe après la Seconde Guerre mondiale a donné une grande importance à la formation technique et à des normes de conception exigeantes.
Marque typographique de la Hawkshead Press Droit d'auteur/Source |
C'est dans ce contexte que la Purple Partridge Press de Harold Kurschenska et la Village Press de Gus Rueter ont vu le jour en 1956 et en 1957 respectivement. Ces deux presses, ainsi que l'Orchard Press de Carl Dair, la Clipper Press de E. J. Mulrooney et la Hawkshead Press de John Robert Colombo (1958-1961) ont été les cinq membres fondateurs de la Guild of Hand Printers. Cette guilde fournissait un forum aux œuvres expérimentales des membres. Ensemble, ils ont produit l'anthologie de Wrongfount.
Dans l'introduction de Wrongfount 1, John Robert Colombo a écrit :
« L'imprimerie est un domaine extrêmement concurrentiel qui offre peu d'occasions d'expérimenter. Il en résulte que typographes et concepteurs voient dans l'acquisition d'une presse particulière la chance de voir une œuvre -- au moins - être exécutée selon le cahier des charges. En mettant la main à toutes les étapes de l'opération, ils peuvent obtenir des résultats intéressants avec leurs maigres provisions de caractères, d'encres et autre stock2. » [Traduction libre] |
Neuf numéros de Wrongfount ont été produits entre 1960 et 1976. Neuf personnes ont collaboré au premier numéro, et vingt-deux au cinquième numéro. L'entreprise la plus ambitieuse a probablement été Wrongfount 6, en 1968, sous-titré Carl Dair in Quotes. Dair, le concepteur typographique et membre fondateur de la Guilde le plus en vue au Canada, était décédé subitement l'année précédente.
Couverture et page de titre de Manipulations on Greek Themes Droit d'auteur/Source |
L'enthousiasme engendré par la Guilde donna naissance à des imprimeries comme la Aliquando Press de Will Rueter (1962), la Heinrich Heine Press de Peter Dorn (1963) et la Coach House Press de Stan Bevington (1965-1996).
Naquirent aussi à cette époque la Gauntlet Press (1959) de Richard et Barbara Outram, Richard voulant publier sa poésie et Barbara, ses gravures sur bois de bout; la Roger Ascham Press (1964) de George MacDonagh, dont l'objectif était de produire des livres « dans les matériaux les plus beaux et d'une facture qui ne peut être atteinte que grâce au souci du détail que permet le travail à la main3 »; et la Branstead Press (1967) de Gerard Brender à Brandis, dont l'intention initiale était de produire des livres de ses propres gravures sur bois de bout.
Directions canadiennes, 2e partie